Appelez moi Président Roch !

Avec la disparution de Salifou Diallo, le Président Roch Marc Christian Kaboré perd certes un solide soutien mais se libère d’une alliance trop pesante. Désormais presque seul maître à bord, le Président tient une opportunité inespérée d’imprimer enfin sa marque à la marche de son pays. Y parviendra-t-il ?

En s’inclinant ce 24 août sur la dépouille de Salifou Diallo au Palais des Sports de Ouaga 2000, là même où il avait prêté serment 20 mois plus tôt lors de son investiture, le Président Roch Marc Christian Kaboré, sans l’afficher, se savait à une étape cruciale de son mandat à la tête du Burkina. Salifou mort, il est désormais le seul capitaine à bord.

Du triumvirat porté au pouvoir en décembre 2015, il ne reste en réalité que lui, le plus jeune, à pouvoir réellement continuer la marche. Simon Compaoré, désormais numéro 2, semble émoussé et est au plus bas dans l’opinion. Sa réputation a été piétinée au fil de ses nombreuses sorties polémiques dont la dernière, courant juillet, contre les chauffeurs routiers, a fini par le clouer dans un silence rendu plus assourdissant depuis l’attentat terroriste, le 13 août, contre le Café Aziz Istanbul. Visiblement affecté par le départ de Salif, le Vice-Président du parti au pouvoir, devra se ménager.

La mort de Salifou Diallo affaiblit le Président Kaboré qui y perd un puissant bouclier et un habile tireur de ficelles. Maintenant, face au bouillant front social, aux révendications populaires et aux attaques de l’opposition, le Président  est à découvert. Les appels du pied pour un gouvernement d’union nationale, si à l’analyse ne se justifient pas, n’en portent pas moins une charge critique virulente contre le Chef de l’État, décrit souvent  comme trop tendre, au point qu’il faille par une ouverture à tous vents, lui adjoindre des lieutenants téméraires.

Le temps des opportunités

D’un gouvernement de large ouverture, le Burkina n’en a pas besoin. Le Président Kaboré non plus. Il a juste à fermer la porte aux opportunistes. Et mieux saisir ainsi la fenêtre d’opportunités inespérées qui souvrent à lui. À commencer par l’impérieuse  reconciliation nationale. Sur le métier à tisser du vivre-ensemble, le Président Kaboré devra indiquer clairement la voie à suivre pour démêler les fils de la mésentente et réinventer le tissu de l’harmonie.

Le Président devra aussi parachever la réforme de la Constitution pour laquelle il devra opérer un choix cornélien à la réception prochaine de l’avant-projet : convoquer un référendum provisionnellement onéreux mais légitimant ou susciter une initiative parlementaire pour le passage à la Vè République. Alors qu’il a été constamment flagellé par Salifou Diallo, le Premier ministre Paul Kaba Thiéba, s’il survit au chambardement annoncé, devra maintenant avoir les coudées franches pour être un vrai chef du gouvernement.  Ainsi  soulagé de la gestion des contingences quotidiennes, le Président Kaboré devra s’investir pleinemement dans la réalisation de cet autre chantier prioritaire : la réforme du secteur de la défense et de la sécurité.  Une urgence.

Le Président n’était jamais réellement entré dans ses habits de Chef, tardant à s’émanciper de ses adjuvants. Lasse d’attendre, l’Histoire semble avoir tranché elle-même. En s’emballant, elle contraint le Président à s’assumer. Pleinement.  Et marquer de son sceau son passage à la tête de l’État. C’est ici et maintenant qu’il devra se décider. Des RSS, il ne reste plus que le…R. Appelez moi « Président Roch ! ». Enfin.

Boureima Salouka

1 Commentaires

Yabsi - Thu, 09/14/2017 - 21:30

La désignation de Alassane Bala Sakandé comme PAN laisse penser que le président Roch a effectivement décidé de porter le boubou du chef. Il lui faut par ailleurs se débarrasser de son gouvernement très moyen. Et pour lancer la machine, le PF devrait s'adresser à la nation pour enfin donner un cap à son magistère