Burkina Faso : Se réveiller ou périr !

Burkina Faso : Se réveiller ou périr !

Les Burkinabè se le refusent, pourtant ils devront bien se rendre à l’évidence. Leur pays n’est plus une terre de sécurité. Au-delà des jérémiades et des accusations, la société burkinabè toute entière, à commencer par le pouvoir de Ouagadougou, devra bander des muscles et des neurones pour faire face à la guerre qui lui est imposée.

Même pas un deuil national de décrété. Même pas un drapeau en berne. Seule une timide initiative de citoyens appelant à une marche silencieuse avortée. Sinon rien.  Absolument rien. Comme si de rien n’était. Cette fois-ci, face à la gifle que leur a administrée les terroristes, les Burkinabè se la jouent tranquille sur un faux air d’insouciance qui cependant cache mal une gêne et une hantise profondes.

 

Un attentat au sein de l’État-major de leur armée. En pleine journée. Alors que devrait s’y tenir une réunion à laquelle toutes les têtes pensantes du système de défense du pays étaient invitées… De peu, les terroristes ont manqué de décapiter l’armée burkinabè.

En frappant le Burkina Faso en plein cœur de son système de défense, les terroristes ou ceux qui sont présentés comme tels ont enfin porté au grand jour le fond de leur message que le pouvoir de Ouaga peinait à décoder : c’est la guerre déclarée.

Déjà, dès le mois d’août 2017, ils en avaient donné les preuves irréfutables, quand ils avaient commencé à poser des mines anti personnelles dans le sahel burkinabè. Mais ça c’était dans le Sahel, ce n’était pas encore le Burkina Faso qui, pour beaucoup n’a d’existence que par la seule capitale, Ouagadougou.

Les attentats du vendredi 2 mars soulèvent bien de questions qui, cette fois-ci, outrepassent les incompréhensions ordinaires quant aux motivations des terroristes pour renvoyer à la face et à la conscience des Burkinabè les raisons profondes de leur criante incapacité collective à se défendre eux-mêmes. Par la prévention. Par la riposte adéquate. Par le traitement judiciaire conséquent. Sans complaisance. Sans faux-fuyants.

S’assumer une fois pour toutes !

Que faisons-nous pour nous défendre et pour préserver l’intégrité de notre territoire en tant qu’espace géographique et en tant que communauté de destin ? Alors qu’une cinquième colonne s’est constituée au sein de son armée et en dehors, l’ensemble de la société burkinabè peut-elle continuer à se complaire dans sa vie du déni et à reléguer au stade de futilité la question de la gouvernance sécuritaire par son désintérêt ? Que font les syndicalistes, les OSC, les leaders religieux, traditionnels, les intellectuels, les politiques,  les jeunes, etc. ? Peut-on et doit laisser cet enjeu majeur aux seuls soins des professionnels des armes et du gouvernement actuel ?

Délibérer et agir par l’intelligence collective pour la survie et pour la perpétuation historique de son pays ne sont en rien un ralliement à un quelconque pouvoir en place. Bien au contraire. C’est plutôt cette impression de dépit doublée d’une attitude de résignation fataliste qui est dangereuse. Elle est celle de la victime expiatoire qui, sans se battre, se livre à l’ennemi mains et pieds liés.

Pour n’avoir pas pris les bonnes décisions à temps, le Burkina se découvre pris au dépourvu, obligé dans un espace temps réduit, de faire plusieurs tâches concomitamment. Réformer l’armée, rendre opérationnels ses renseignements, équiper ses troupes, former ses soldats, engager ses fils et filles dans la défense de son territoire,à tous les niveaux.

Il y a aujourd’hui au Burkina Faso, pour reprendre le terme du Dr Ra-Sablga Ouédraogo de l’Institut Free Afrik,  une «  rupture dans la générosité de la jeunesse. » Moins de 24 heures après la terrible attaque, des jeunes burkinabè festoyaient en ville. Tranquilles. En démissionnant du gouvernement en août dernier, Tahirou Barry, alors ministre de la Culture, avait eu ces paroles graves à l’endroit du chef de l’État : « Roch Marc Christian Kaboré ? Il semble profondément endormi au milieu d’un feu de brousse. » En réalité, Tahirou ne parlait pas que du Président. Il s’adressait aussi au Burkina Faso et aux Burkinabè, endormis qu’ils sont, en plein incendie.

Boureima Salouka

 

4 Commentaires

Dao Mussa Serge - Thu, 03/08/2018 - 18:51

Terrorisme: sommes nous en guerre vraiment? Non! C'est plus grave que ça! Reveilons-nous!
Il ne faut pas se tromper. Les symptômes s'apparentent bien à ceux d'une guerre mais ce qui nous arrive est plus qu'une guerre et comparable a une épidémie ou pandémie dû au virus le plus dangereux du monde.
Dire que nous sommes en guerre, c'est sous-estimer naïvement ce qu'est le terrorisme. C'est oublier qu'il s'agit là, de terreur. La guerre à des règles. Le terrorisme non! Nous ne sommes pas en guerre. C'est encore plus grave que çà! Quand allons nous nous réveiller et comprendre enfin?
L'égoïsme des uns, à force de dominer, d'exploiter, de maltraiter, mépriser les autres dans leur identité, leur culture, leur être, finit toujours par faire réveiller la bestialité qui sommeille en certains.
Nous voilà! dans un monde en dérive qui ne nous autorise pas à faire comme l'autruche.
Le monde, nos pays, nos sociétés ne sont pas en guerre, nos pays et nos sociétés sont en délitement. Parce que mal fondés, mal tissés sur du mensonge, l'hypocrisie, la méchanceté, la haine,, notre vivre-ensemble est en déliquescence et cela ira crescendo car les portes de l'enfer s'ouvriront bientôt si nous ne posons pas courageusement le bon diagnostic.
Le terrorisme est un feu de paille (fondé sur un islam imaginaire). Et contaminera partout dans nos pays, où il y a de la paille disséminée. Chaque quartier, chaque village, chaque coin et recoin du monde où sévit la misère, l'injustice, la haine, la rancœur, la marginalisation, des laissés pour compte, ... est comparable à de la paille qui n'attend que son tour pour être embrasé par le feu du terrorisme. Éteignez ici. Elle s'allumera là ou là ou là....
Nous sommes pas en guerre et nous pourrons nous armer jusqu'aux dents s'il le faut mais nous ne trouverons pas d'ennemis en face pour combattre parce que c'est peut être mon voisin, mon frère, mon ami, ma femme, ma soeur, min enfant, ...à la maison, au marché, dans le taxi, a l'église, a la mosquée, ... l'ennemi est partout et nulle part.
Nous ne sommes pas en guerre et il ne faut guerre se méprendre. Nous recevons en pleine figure les conséquences de nos gué guerres, de notre incapacité à construire avec humanisme le monde merveilleux dont Dieu nous a fait don.
Alors, en ce qui nous concerne, avant qu'il ne soit trop tard car il est déjà tard, il faut, mieux que vivre ensemble, faire ensemble du Burkina, une Nation Famille, réconciliée avec elle même et ouvert sur le reste du monde.
Telle est notre profonde aspiration.
Tel est le credo du Yiangdisme #Yngdsm.
Vive le Yiangdisme !
Ici Burkina, notre Faso!
Allô! Ici l'Afrique maintenant!

Dianda Abdoulaye - Sun, 03/11/2018 - 08:24

Depuis la colonisation, l'Afrique francophone, même son élite, continue à poser les mauvaises questions face à ses préoccupations les plus saillantes.

Dans un pays comme le Burkina Faso, la problématique du défi sécuritaire ne peut pas objectivement être posé en le réduisant à la simple dimension du régime actuel encore moins à la personne du président. Il nous faut être plus profond et moins subjectif que cette perception.

L'on ne gagne pas la lutte contre le terrorisme uniquement par les armes. Or que constatons nous au Faso ? Les revendications salariales perlées, si elles ne sont pas diaboliques, sont tout simplement méchantes et lâches. Pas à l'endroit du régime, mais à l'adresse de la majorité silencieuse des burkinabè.

Dans un pays en proie aux attaques terroristes,l'unique préoccupation d'un corps social intelligent ne peut pas consister à revendiquer des traitements salariaux rehaussés. La bonne gouvernance n'est pas justement une redistribution mécanique des ressources. Elle requiert également du corps social un minimum de sacrifice aux côtés des gouvernants pour faire face à l'ennemi commun.

L'on peut faire le reproche au régime d'avoir accordé ce pain béni à la magistrature puis aux financiers. Mais face au péril terroriste, ne pouvaient-ils pas,eux,concéder ne serait-ce qu'une petite faveur à l'État, ne serait-ce que pour différer l'application de leurs décrets respectifs.

Au Faso ici,la problématique de la gouvernance s'est toujours posée en mettant le doigt accusateur sur le politique. C'est une méconnaissance de la vie socioéconomique et administrative que de penser ainsi. Les questions de qualité des services publics ne sont pas des interrogations politiques, elles sont bien techniques et administratives.

C'est pourquoi, à interroger les solutions face aux attaques terroristes sans prendre en compte ce mal social de nos couches socioprofessionnelles relève d'une légèreté puante.

Enfin,et comme je l'ai dit plus haut, on ne se déconnecte pas des réseaux terroristes au détour d'une élection qui a d'ailleurs consacré la fin des cacahuètes pour certains,dont l'activisme avait fait de Ouagadougou une terre d'asile.

Il faut bien plus qu'une armée, il nous faut couper les ailes politiques, financières, humaines et affairistes qui donnent de la hauteur aus terroristes face à nos FDS.

La solution est tout autant au Sahel qu'à Ouagadougou.

Victoire13 - Fri, 08/17/2018 - 17:14

Belle analyse mais comme on le dit on ne réveille pas quelqu'un qui ne dort pas. Je pense que la majorité des burkinabè sans distinction de classe sociale ni d'appartenance politique se plaît dans cette forme d'hypocrisie  qui consiste à  minimiser la dégradation de la situation sécuritaire de notre pays parce que simplement comme vous l'avez souligné dans votre article pour eux le BURKINA FASO se limite à Ouagadougou uniquement. Mais le véritable problème est le manque d'humilité et un orgueil démesuré de tous les acteurs participant au développement de ce pays; la <<grande muette>> ne doit pas être critiquée, les citoyens lamda pensent qu'ils n'ont que uniquement des droits, le pouvoir actuel pense que seul il peut faire face aux nombreux défis de ce pays et n'a pas de leçon à recevoir de l'opposition ; quant à l'opposition toutes ses préoccupations tournent autour des élections présidentielles de 2020. La majorité des acteurs de la société civile sont devenus des politiciens déguisés,  quant à la jeunesse elle préfère ne pas prendre son destin en main mais plutôt de se trouver des hommes de destin pour qui ils ne sont en réalité que des larbins. Quant aux journalistes qui sont censés nous éclairer davantage sur la situation réelle et sécuritaire du pays, la majorité s'est plutôt transformée en chasseurs de "per diem" dans les séminaires, colloques, ateliers...Les syndicats sont devenus des promoteurs de plates-formes revendicatives même si elles sont légitimes  sont irréalisables  dans la situation actuelle du pays. Il y a un proverbe mandingue qui dit que <<si ton ami ne peut pas te dire la vérité, paye ton ennemi pour le faire >>. Il est temps pour nous tous de désarmer nos coeurs, de se parler franchement car nous ne sommes plus en sécurité, ceux qui nous attaquent ils sont des nôtres ou le font avec la complicité de nos propres frères. Il faut qu'on accepte qu'en chaque burkinabè demeure un potentiel terroriste. Il faut aussi accepter que ce pays est en crise sur tous les plans et que l'intérêt du pays est au dessus de toutes nos divergences. De toutes les façons, on dit qu'un serpent qui décide de ramper comme un vers de terre, Il doit s'attendre à être mangé par l'aigle.