Le train Burkina va-t-il enfin sortir de gare ?

N°00_Mai 2017

Morosité économique, crise sécuritaire, conflits sociaux à répétition, plus d’un an après sa prise de pouvoir, le gouvernement du Président Roch Marc Christian Kaboré semble englué alors que les attentes populaires sont très fortes.

Il a beau afficher un optimisme débordant, Paul Kaba Thiéba, le premier ministre burkinabè ne peut nier la réalité. Le Burkina Faso dont il dirige le gouvernement depuis sa reconduction  à son poste, le 20 février, peine à décoller. Au point d’irriter jusque dans son propre camp, où ses alliés, à commencer par le président de l’Assemblée nationale, s’impatientent face au désenchantement qui gagne les populations.

 Pas que son équipe ait manqué de volonté et d’entrain. Non. Présentée comme la panacée, le Programme national de développement économique et social (PNDES), échafaudé en un temps record, avait réussi son examen de passage en décembre 2016 à Paris, où, les potentiels investisseurs (nationaux et étrangers)  et bailleurs de fonds du Burkina lui avaient accordé leur blanc-seing, promettant 18.000 milliards de francs CFA pour financer le programme présidentiel.  Mais voilà, jusqu’à présent on est au stade des promesses. Les actes, on en attend.

Le Burkina transformera-t-il l’essai  de Paris ? Grosse gageure d’autant plus que l’actualité des 6 derniers mois inspire au pessimisme. De toute l’histoire du pays, rarement le front social n’aura été autant agité. Depuis le début de l’année, le pays a été paralysé par au moins une dizaine de grèves, dont les plus emblématiques, auront été celles des agents de santé et le mouvement des fonctionnaires du ministère de l’Économie. En février pourtant, après des échanges peu amènes,  le Premier ministre Paul Kaba et  les  partenaires sociaux, semblaient parvenir à une trêve sociale. Raté. Selon toute vraisemblance, le thermomètre social affiche toujours des températures élevées. 

Une sécurité défaillante

Sur le plan sécuritaire la situation n’est guère reluisante. Attaqué de façon répétitive dans le Nord de son territoire, le Burkina se découvre enfin ses propres «  jihadistes », dont la figure de proue se nomme Ibrahim Malam Dicko, chef du mouvement Ansaroul Al islam qui cherche à s’enraciner dans le septentrion burkinabè, aux confins de la frontière avec le Mali et le Niger. Ces attaques répétitives, au-delà du malaise qu’elles ont créé au sein de la Grande Muette et  auprès de la population générale, ont contribué à forcer les traits négatifs du tableau sécuritaire Burkina auprès de potentiels investisseurs.

La nomination d’un nouveau Chef d’État-major général des armées, le Général Sadou Maïga et d’un ministre de la Défense, a  certes donné un signe d’espérance. L’opération Panga, menée de concert par les armées burkinabè, maliennes, nigériennes et françaises, a apporté un éclairci de sérénité dans la zone. Mais dans une guerre asymétrique, tous le savent, il ne faut jamais crier victoire. Les batailles remportées sont des répits. Et les groupes terroristes qui écument la zone, malgré les revers subis, ne sont pas prêts à abandonner. Une situation sécuritaire qui bouleverse un peu l’ordre des priorités du Gouvernement Kaba, s’il en est. À contre cœur, peut-être, le Burkina devra renoncer dans l’immédiat à certains investissements sociaux pour mettre son appareil sécuritaire à niveau. Une des conditions pour que le train quitte enfin la gare.