Macron, le jour d’après

Pour ses deux ans au palais présidentiel de Kossyam, Roch Marc Christian Kaboré a frappé un grand coup, s’offrant comme guest star, Emmanuel Macron, le Président français, qui pour s’adresser à l’Afrique, a choisi le Burkina Faso. Une aubaine pour le pouvoir de Ouagadougou qui, a trop vouloir y tirer des dividendes politiciennes, a gâché une belle occasion pour le pays.

Pour un Roch en peine, l’annonce de la visite de Macron a eu l’effet d’un remontant  qui l’a fait sécouer son gouvernement, gagné subitement par un activisme que les Burkinabè ne leur avaient jamais connu auparavant. Pour Macron, tout devrait être nickel. Et le pouvoir ne s’est pas ménagé. Réfection des routes, embelissement de quelques artères et comble du volontarisme, jusqu’au jour de l’arrivée de Macron, à Kossyam, des jardiniers plantaient des fleurs…

Ouagadougou avait donc tout préparé. Sauf l’essentiel. Enfermé dans une logique de confrontation partisane, imposée et exacerbée par ses adversaires,  le pouvoir  a cru bon tout mettre en œuvre pour aseptiser le climat autour de la visite de Macron. La visite s’est passée sans accroc. C’en restera sa seule victoire, si tant est qu’on puisse la célébrer comme telle au point de la brandir à la face des jaloux saboteurs

Occasion manquée

À l’université de Ouagadougou, le Président Kaboré  n’a eu aucun mot pour les étudiants, livrés à la seule évangile de Macron. Quel était son discours en réponse à la proposition de Macron sur un new deal entre la France et l’Afrique? Quelles parties de son discours partageait-il et quelles autres récusait-il ? Quelle était la vision du Burkina? On pourra multiplier les questions à souhait. Elles resteront sans réponse. 

À l’heure du bilan, la récolte est bien maigre. Pour le Burkina, bien sûr. Exceptée la maison des jeunes, qu’a obtenu de particulier le Burkina en tant que pays hôte de Macron que ce dernier n’ait annoncé aux autres pays africains ? Ouagadougou n’aura servi que de tribune pour Macron. Pour n’avoir pas sérieusement préparé le fond de cette visite en y  associant l’ensemble des forces vives de la Nation, le Président Kaboré a assigné son pays à un rôle dévalorisant de faire-valoir. Il en a surtout donné l’image d’une présence non consciente au monde.

Macron à Ouagadougou, c’était du spectacle. La guest star a rempli sa part de contrat. Le pouvoir Kaboré s’en est servi comme écran de fumée pour masquer  les tâtonnements improductifs de deux années gestion. Mais la fumée s’est dissipée et, les Burkinabè ruminent l’occasion manquée. Au loin, leur parviennent en écho ces paroles profondes du Président français : « La solution ne viendra pas de l'extérieur, mais elle ne viendra pas non plus du statu quo ou des vieilles habitudes. » Vrai. Il faut oser inventer l’avenir. Sankara nous l’avait pourtant dit. La solution est là, à notre portée. Encore faut-il se donner la peine de l’appliquer. Collectivement. 

Boureima Salouka

1 Commentaires

aline - Mon, 02/05/2018 - 13:25

Merci M. Salouka. Vous avez entièrement raison. Eh oui, le président était trop occupé à ecarter des sois-disant soboteurs plutôt que de se pencher sur l'essentiel. Dommage!