Élément d'appréciation: SANTE 03

Engagement: Poursuite de l’opérationnalisation du système national d’assurancemaladie universelle En cours de réalisation

  • Cet engagement figure dans la Déclaration de politique générale (DPG)  et repris dans le Plan de développement économique et social (PNDES).

La mise en œuvre de l’AMU est confiée au SP/AMU structure qui va muer en Caisse Assurance Maladie. L’étude actuarielle est achevée. La création de la caisse d'assurance maladie universelle est prévue pour le dernier trimestre de 2017.

Les difficultés qui menacent cette politique de CMU sont :

  • le financement pour l’achat des paquets de soins.
  • L’absence d’une stratégie de financement pérenne.
  • L’élargissement de la base des assujettis
  • La couverture du monde rural
  • La disponibilité effective des paquets de soins au niveau des structures de santé.
  • La motivation des ressources humaines.

Le financement public de la santé  ne dépasse toujours pas le niveau de 15% du budget national. L’AMU pourrait réduire l’achat direct des soins par les ménages qui est un obstacle majeur à l’accessibilité financière aux services de santé. Cette situation laisse persister un taux de pauvreté de 40,1% au Burkina.

Le ministre de la Santé du Burkina Faso le Pr Nicola MEDA fait remarquer un certain nombre d’incohérences relatives à l’AMU dans son document portant vison pour la santé au Burkina Faso « Au Burkina Faso, c’est le Ministère en charge de la protection sociale qui pilote l’AMU. En raison de sa spécificité et du fait qu’elle est une composante centrale de la couverture sanitaire universelle, mandat des Ministères de la Santé à travers le monde, l’ancrage institutionnel de l’AMU pose problème au Burkina Faso. Si l’AMU est positionnée au sein du Ministère en charge de la Protection Sociale, le PNDES inscrit sa mise en œuvre au sein du Ministère de la Santé. Tout cela est susceptible d’introduire de la confusion et des inefficiences inutiles dans la mise en œuvre de ce pilier majeur de la couverture sanitaire universelle dans notre pays, le premier effet attendu du PNDES. En considération de ce qui précède, l’ancrage institutionnel de l’AMU devrait donc être repensé pour son rattachement avantageux au Ministère de la Santé. Il en est ainsi dans les pays de référence en matière de couverture sanitaire universelle ». Ce problème sur l’ancrage va gripper considérablement la mise en œuvre.  

A l’analyse de cette question d’ancrage, nous pouvons faire quelques commentaires.

- Le ministère de la Fonction publique et de la sécurité sociale comme point d’ancrage.

L’ancrage au ministère de la Fonction publique du travail et de la sécurité sociale a permis au secrétariat technique de l’assurance maladie de poser les bases de la mise en œuvre de cette loi à travers l’étude actuarielle et l’étude sur les coûts des différents paquets de prestations. L’ancrage à ce niveau a le mérite de commencer avec les travailleurs du secteur public et ceux du secteur privé. Cependant, force est de constater que l’ensemble de ses travailleurs ne représente que moins d’un million sur 18 millions d’habitants. Si bien que le plus grand nombre s’y trouve exclu. Cette limite ne doit pas occulter le fait que pour un démarrage, le paquet d’assujetties obligatoire permettra de mieux roder le dispositif.

- Le ministère de la Santé comme point d’ancrage

Le ministère de la Santé met en œuvre depuis 2016 une politique de couverture santé. Cette mesure couvre environ 25% de la population burkinabè.

La gratuité de la prise en charge s’est étendue au dépistage et au traitement des lésions précancéreuses du col de l’utérus par cryothérapie.

Au total, 6,8 millions d’épisodes de maladies de l’enfant de moins de 5 ans, 1,2 million d’épisodes de maladies de femmes enceintes et de soins prénataux, 431 422 accouchements et 12 979 césariennes ont été réalisés au cours de l’année 2016 dans le cadre de la gratuité des soins. Cette mesure a coûté environ 22 milliards de FCFA dont 96,4% assurés par le budget de l’État.

Cette politique publique a cependant, eu un succès très mitigé, certaines difficultés sont apparues et constituent un goulot d’étranglement. Il s’agit entre autres des ruptures de médicaments et d’intrants, aggravées par la crise survenue au niveau de la direction de la CAMEG, l’insuffisance d’appropriation par les acteurs et le déficit de sensibilisation à l’endroit de la population, du manque de motivation des ressources humaines ployant sur la charge élevée supplémentaire de travail. Fort  de cette expérience le ministère de la Santé à mis également un secrétariat technique  de la couverture santé universelle, le secrétaire technique a été nommé en conseil de ministre le 18 octobre 2017.

 - Quel encrage efficace et non conflictiogene

Il apparaît clairement que nous  assistons à un encrage dualiste qui risque de rendre peu efficace le processus d’implémentation. Au regard de l’importance de cette caisse pour la réussite du régime d’assurance maladie universelle, nous estimons que pour un début d’opérationnalisation cette institution doit trouver un encrage de haut niveau par exemple au Premier ministère ou à la présidence du Faso. Cela aura le mérite de donner un signal politique fort et éviter les actions conflictiogène entre départements ministériels. À l’image de la lutte contre le SIDA porté par la présidence il faut que cette caisse puisse avoir un ancrage solide. Un comité de pilotage réunissant les ministères pourrait être mis en place pour donner les orientations majeures. La CNAMU pourrait avoir un statut similaire à la caisse de dépôt et de consignation en cours de création. Dans tous les cas, les acteurs devraient avoir des échanges sincères départi de tout intérêt sectoriel pour l’opérationnalisation efficace de l’AMU.