AMR. Les interpellations communautaires dans les communes de Fada, Ouahigouya et Kaya

Introduction

Au moment où son Excellence, Monsieur Rock Marc Christian KABORE boucle sa première année de magistrature suprême, les populations des régions du Nord, du Centre-Nord et de l’Est prennent la parole.

A la faveur de la conduite du projet ‘’présimètre par les EDIC’’, les autorités régionales avec à leur tête les gouverneurs ont eu l’heureuse initiative de faire le bilan de ‘an I de la gestion du Président dont le référentiel adopté est le PNDES. Ainsi, les actions entreprises dans les domaines de l’eau et assainissement, de l’agriculture et la sécurité alimentaire, l’éducation et la santé ont été portées à la connaissance des populations. Les questions transversales telles la question du genre, de l’environnement ont été également abordées. Ces populations très attentives aux différents développements ont joué leur partition avec des questions simples adressées à son Excellence par l’entremise des gouverneurs.

Une vue des participants à l’EDIC de Kaya

Les gouverneurs au nom du Chef de l’Etat ont apporté quelques réponses à quelques préoccupations. Le présent billet se propose de partager avec l’ensemble des acteurs l’ensemble des préoccupations soulevées par les populations des trois régions.
 

I.Les interpellations communautaires

1.1.Les interpellations dans le domaine de l’eau et de l’assainissement

  1. Quelles sont les mesures prises par l’Etat pour éviter les inondations dans les villes, provoquées par le manque de caniveaux ?
  2. Il y a pénurie d’eau dans la ville de Fada, les bornes fontaines sont fermées. Que fait le gouvernement ?
  3. Pourquoi le ravitaillement des écoles en vivres pour la  cantine scolaire tarde t-il à venir ?
  4. En matière d’eau et d’assainissement, le rapport fait ressortir 20% d’extension prévue par l’ONEA en 2016. Cependant, aucun nouvel  abonnement n’a été réalisé au cours de la période considérée, pénalisant ainsi les nouveaux quartiers. Qu’en est –il exactement ?
  5. Il se dégage des odeurs nauséabondes au passage du CHU de Ouahigouya, traduisant des écoulements d’eau sale. Cette eau provient- elle de la morgue ou des déchets physiques ? Il faut impérativement réaliser des caniveaux pour le drainage de cette eau.
  6. Il faut trouver urgemment des solutions  aux problèmes de règlement des factures d’eau et d’électricité des établissements secondaires.
  7. Pourrons- nous consommer l’eau du barrage de Guiti avant 2020 ?
  8. Nous avons d’énormes difficultés d’accès à l’eau dans la ville de Kaya. Il faut veiller entre 22 heures à 1 heure du matin pour avoir de l’eau dans certains quartiers.
  9. Prévu pour une réfection en 2004, le barrage de Louda ne l’est toujours pas de nos jours ; quelle explication faite-vous à propos ?
  10. Le marché de Kaya manque énormément d’infrastructures d’assainissement ; nous demandons aux autorités communales de prendre leurs responsabilités.
  11. Nous souhaitons la prolongation des travaux HIMO.

 

1.2.Les interpellations dans le domaine de la santé

1. Dans le cadre de la gratuité des soins au profit des enfants de 0 à 5 ans et des femmes enceintes, décidée par le Gouvernement, certains malades ont été obligés de se référer aux cliniques privées car les réactifs manquent dans les centres publics pour les examens. Qu’en dites-vous ?

  1. L’hôpital de Ouahigouya n’est hôpital que de nom. Il faut  une action vigoureuse pour lui permettre de jouer efficacement son rôle.
  2. Malgré la distribution des moustiquaires imprégnées, plusieurs cas de paludisme ont été enregistrés. N’a t- il pas manqué de sensibilisation sur l’utilisation desdites moustiquaires ?  
  3. Quelles sont les prévisions en matière de construction de formation sanitaire dans la région ?
  4. Il y a absence de dépôt MEG dans certaines formations sanitaires :    comment peut-on mettre en œuvre la gratuité des soins décidée par le gouvernement dans ces centres de santé?
  5. Sur quelle base objective la prévision des 803 000 personnes à la gratuité  des soins a-t-elle été faite ?
  6. La situation au CHR de Fada est catastrophique et nous déplorons l’absence de son  Directeur à ce cadre de vérité. Il faut un plan spécial pour remettre cet hôpital en état de fonctionnement normal.
  7. Pourquoi ce taux de vaccination de 66% pour des gens qui en ont l’habitude ?
  8. La mise en œuvre de la politique de gratuité des soins aux enfants de 0 à 5 ans et aux femmes enceintes rencontre d’énormes difficultés : les produits disponibles coûtent entre 300 frs et 500 frs. Ces produits disponibles sont généralement le paracétamol et l’amoxyciline. N’y a-t-il que le paracétamol et l’amoxyciline seulement en stock ou bien ces deux produits à eux seuls suffisent pour soigner toutes les maladies ?

 

1.3.Les interpellations dans le domaine de l’éducation

1. Comment une direction comme la DRENA peut  passer une année à identifier encore des sites alors que les écoles sous paillottes sont déjà connues ?

  1. Qu’est-ce qui explique jusqu’à présent l’insuffisance d’enseignants dans certaines classes?
  2. Rien n’est fait depuis longtemps sur le site de l’Université de Fada au profit des étudiants ; pourquoi leur réclame-t-on 500 000 frs de frais de scolarité ?
  3. Depuis l’ouverture du CEG de Basnéré dans le cadre du post primaire, pas une seule classe n’a été construite ; aucun responsable de l’éducation n’est passé sur le site pour une simple visite ; il faut se pencher sur le sort du post primaire.
  4. Peut- on avoir la situation des écoles sous paillottes en 2015 et en 2016 ?
  5. Les fournitures scolaires, dans le cadre du cartable minimum arrivent tardivement chaque année et sont de qualité douteuse. Pourtant ce sont les mêmes fournisseurs qui sont régulièrement retenus. Ne peut –on pas afficher une réelle volonté de lutter contre cette mauvaise gestion ?
  6. A quand l’arrivée dans les écoles des vivres de la cantine scolaire et quelle est leur qualité ?
  7. L’éducation au Nord est malade des faits suivants :
  1. pourcentage élevé de personnel malade ;
  2. personnel féminin continuellement en grossesse ;
  3. manque de moyen de travail, dont le matériel informatique ;
  4. entassement des enseignants dans les bureaux ;

Que faire ?

  1. Le plus grand défi de L’éducation de nos jours est de  contribuer au changement de comportement qui débouchera sur une citoyenneté responsable. Quels engagements prenons-nous ? L’insuffisance en personnel enseignant dans les CEG fait recourir à la vacation qui grève leur maigre budget. L’arrivée tardive de la  contribution de l’Etat démotive les professeurs vacataires. Il faut trouver une solution à cela.
  2. Il n’y a pas assez d’enseignants et de classes pour opérationnaliser le continuum.
  3. L’enseignement technique semble négligé : il y a un seul lycée technique dans la ville de Kaya, chef-lieu de la Région. Quelle perspective envisagée pour changer la situation ?
  4. Il semble que le marché de construction d’un bloc scolaire a été attribué alors que son site n’a pas encore été identifié. Qu’en est-il exactement?
  5. La vacation grève lourdement le budget des Associations des Parents d’Elèves. Les frais de 2015 n’ayant pas été payés, les enseignants manquent de motivation actuellement
  6. Comment seront répartis les 06 complexes scolaires à construire dans la région ?
  7. Les données présentées ici par la DRENA prennent- elles en compte le non formel ? Si oui, combien de centres et d’alphabétisés compte la région ?
  8. Le PDSEB prône l’accès et la qualité de l’éducation. Cependant, le cartable minimum arrive chaque année en retard et il n’y a pas de dotation de manuels scolaires depuis quatre ans. Quelle explication ?
  9. Les deux premières et plus anciennes écoles de la ville de Kaya, voire de la région, construites en 1913 et en 1957 sont vétustes. Elles comptent entre 1 200 et 1 500 élèves, font les meilleurs résultats chaque année et font l’objet de sollicitation accrue. Nous invitions les autorités locales  à y faire un tour un jour.
  10. L’eau du puits de l’école de Raka, commune de Rouko dans le Bam a été contaminée par le cyanure des orpailleurs. Quelles dispositions compte prendre la DRENA pour permettre aux élèves et enseignants d’accéder à l’eau potable ?
  11. L’école de Kassiré vit une situation déplorable : inondée en saison pluvieuse, il n’y a aucun point d’eau en saison sèche. Que faire ?

 

1.4. Les interpellations dans le domaine de l’agriculture et des aménagements hydrauliques

  1. Qui sont les bénéficiaires des 500 tonnes de semences améliorées dans  la région de l’Est ?
  2. Quelles sont les critères d’obtention de ces semences améliorées ?
  3. 142 agents d’agriculture ont été recrutés par l’Etat depuis quelques années et n’ont toujours pas été affectés. Qu’en est- il réellement ?
  4. Pour quel type de production la région a reçu 4 000 tonnes d’intrants ? Quelles sont les conditions d’accès à ces intrants ?
  5. A quand la mécanisation agricole ?
  6. Plusieurs réalisations ont été effectuées au profit des producteurs. Mais a-t-on pensé à renforcer leurs capacités ?
  7. En matière d’agriculture, y a-t-il un suivi évaluation des investissements ?
  8. On a l’impression que ce sont les mêmes personnes qui bénéficient des appuis de l’Etat en matière d’agriculture.
  9. Il n’y a pas de système pour garantir l’accès des producteurs au crédit. Comment peuvent –ils assurer le financement de leurs activités ?
  10. De même, nous n’arrivons  pas à nous nourrir convenablement. Nous suggérons d’aider les producteurs à pratiquer les cultures de contre saison.

 

1.5.Les interpellations d’ordre général (axes transversaux)

 

  1. Il n’y a que ceux qui savent lire qui sont ici présents? Où est la population, celle sensée vivre les bienfaits de ces réalisations et de porter la contradiction nécessaire ?
  2. Comment seront réparties les ressources du PNDES ?
  3. Il nous faut d’autres systèmes de communication pour mieux mobiliser les populations autour de ce genre d’activités ;
  4. Nous remercions les autorités pour avoir initié cet exercice. Cependant, nous pensons que cela a été fait sans une large préparation.
  5. Dorénavant, les données  présentées ici devront être mieux traitées.
  6. Pourquoi la présente séance n’est- elle pas retransmise en direct par les radios locales ? Nous suggérons qu’un commentaire sur l’activité  soit fait sur les ondes de ces radios.

Le Gouverneur de la Région de l’Est face à ses administrés

 

II.Les recommandations
Les préoccupations ci-dessus soulevées ont permis aux modérateurs des EDIC de formuler des recommandations  dans l’optique d’améliorer les conditions de vie et de travail des populations. Elles sont consignées dans le tableau ci-dessous. 

2.1.Les recommandations relatives à l’éducation

  1. Résorber le déficit en enseignants de tous ordres dans la région, ainsi que les classes sous abris précaires ;
  2. Veiller à la distribution à temps des vivres des cantines scolaires et à leur qualité.
  3. Travailler à résorber dans les meilleurs délais les classes sous abris précaires pour sécuriser tous les acteurs qui y travaillent;
  4.  Instaurer incessamment un encadrement pédagogique et multiplier les visites pédagogiques dans les établissements du post primaire ;
  5.  Prendre des mesures pour mettre fin à l’arrivée tardive des fournitures scolaires et veiller à leur qualité.
  6. Privilégier l’enseignement technique par l’ouverture d’établissements y afférent ;
  7. Rendre le cartable minimum disponible à temps pour soulager effectivement les parents d’élèves.

 

2.2.Les recommandations relatives à l’agriculture et de la sécurité alimentaire

  1. Organiser l’accès du plus grand nombre aux intrants servis par l’Etat ;
  2. Accélérer la mécanisation agricole pour mieux produire et assurer la sécurité alimentaire
  3. Permettre au plus grand nombre d’accéder aux intrants agricoles.

 

2.3.Les recommandations relatives à l’eau et à l’assainissement

  1. Prendre des dispositions pour éviter les inondations récurrentes, notamment dans les grandes villes de la région par l’aménagement des caniveaux.
  2. Prendre des mesures pour finir avec les problèmes récurrents d’eau dans la ville de Ouahigouya et dans les autres villes et villages de la région.
  3. Rendre disponible la ressource en eau dans le chef lieu de région et dans les autres établissements humains ;
  4. Poursuivre la sensibilisation en matière d’assainissement.

 

Madame le Gouverneur du Centre-Nord avec sa population
 

2.4.Les recommandations relatives à l’eau et à l’assainissement

  1. Garantir la présence des MEG dans les formations sanitaires pour assurer l’effectivité de la gratuité des soins aux enfants de 0 à 5 ans et aux femmes enceintes ;
  2. Prendre des mesures idoines pour rendre le CHR de Fada plus performant et plus efficace en tant qu’établissement de référence au niveau régional.
  3. Rendre disponible les médicaments et les réactifs afin de donner de meilleures chances de succès à la politique de gratuité des soins aux enfants de 0 à 5 ans et aux femmes enceintes ;
  4.  Prendre des dispositions pour assainir les alentours du CHU de Ouahigouya.
  5. Rendre effective la mesure de gratuité des soins aux enfants de 0 à 5 ans et aux femmes enceintes ;
  6. Augmenter l’offre de santé par la construction de nouvelles infrastructures sanitaires

 

 

Conclusion

Même si certaines questions et préoccupations ont trouvé des réponses adéquates, force est de constater que les populations sont toujours en attente. Cette attente est si forte qu’elle se traduirait par la résolution des questions qui ont conduit à l’insurrection des 30 et 31 octobre 2014.
Mieux, les principales recommandations formulées d’ailleurs à l’issue de chaque séance d’interpellation directe témoignent de l’intérêt que les populations accordent  à la question de comment satisfaire leurs besoins basiques?
AMR voudrait saisir cette opportunité pour adresser ses vifs et sincères remerciements aux gouverneurs des régions du Nord, du Centre-Nord et de l’Est, qui d’un sursaut salutaire et unitaire ont ouvert la voie royale de la redevabilité à la base. Ces actions ont été possibles grâce à la précieuse contribution de l’ONG Diakonia et de la coopération Suisse, à qui nous traduisons toute notre entière reconnaissance.

Les participants à l’EDIC de l’Est