Après deux années de régression, le niveau de la corruption est repartie à la hausse au Burkina Faso

A deux ans de la fin du premier mandat constitutionnel de Roch Marc Christian Kaboré, la politique de tolérance zéro contre la corruption promise par le Chef de l'Etat est loin d’avoir produit l'effet escompté.

Les résultats du rapport 2017 du Réseau national de Lutte anti-corruption (REN-LAC) sont sans équivoque. En 2017, le phénomène connait une hausse au "pays des Hommes intègres". "Après avoir amorcé une baisse depuis 2015, la fréquence de la corruption ressentie par les citoyens est en augmentation en 2017 pour la majorité des enquêtés. Seulement 36,6% de répondants pensent que la corruption a régressé en 2017, contre 51.9% en 2016 ", souligne l'organisation burkinabè de lutte anti-corruption dirigée par l'économiste et chercheur, Claude Wetta.

La gouvernance Kaboré indexée

Dans ce document de 127 pages, publié ce mardi 18 juillet 2018, la Police municipale occupe le premier rang des services publics perçus par les citoyens comme étant les plus corrompus. D'après la majorité des enquêtés, c’est à ce niveau que les pratiques corruptrices ont été les plus fréquentes au cours de l’année écoulée. Les services de la Police municipale sont suivis respectivement de la douane, de la DGTTM, de la Gendarmerie nationale et de l'Enseignement secondaire pour ne citer que les cinq premiers du classement.

Tandis que l’année 2017 a été marquée par de nombreux cas de crimes économiques, la plupart des dénonciations dans la presse n’ont pas connu de sanctions pénale ou disciplinaire. Selon le Réseau, certains dossiers emblématiques, comme les affaires KANIS, SIAO et FAFPA, tendent à devenir le symbole de l’impunité. "L’analyse de la situation montre qu’il n’y a pas eu d’actions d’envergure de la part de l’Etat, en 2017, en matière de lutte anti-corruption ", regrette Claude Wetta. Néanmoins, le Secrétaire exécutif du REN-LAC rappelle que les initiatives de lutte contre la corruption n’ont pas manqué.

Un discours qui peine à se traduire en acte concret

En 2017, l’Exécutif burkinabè s'est attelé au renforcement du dispositif juridique et institutionnel de lutte anti-corruption. De son côté, le Parlement a mis en place trois commissions d'enquêtes parlementaires sur la Santé, l’Éducation et la Maîtrise d’ouvrage déléguée (MOD).  " Ce qui fait défaut, c'est la volonté politique et la traduction en actes concrets du discours politique de la lutte anti-corruption ", confie l'économiste burkinabè. De fait, le rapport n'a pas manqué de formuler des propositions aux acteurs étatiques. Il s'agit notamment de la systématisation des procédures disciplinaires contre les agents sur lesquels pèsent des soupçons de corruption, la mise en œuvre des recommandations des enquêtes parlementaires et le renforcement de l’élan d’application de la loi 04-2015/CNT portant prévention et répression de la corruption au Burkina Faso.

Une pique aux magistrats

Alors que la Justice a amélioré son rang dans le classement des services perçus comme les plus corrompus, passant de la sixième place en 2016 à la dixième place en 2017, Claude Wetta observe que la récente décision du Conseil d’État d'annuler l'acte de création de la Commission d'enquête sur les magistrats par le Conseil supérieur de la Magistrature (CSM), est un coup de poignard dans le dos de tous ceux qui œuvrent pour l'assainissement du troisième pouvoir. "Cette décision, qui annule tous les actes pris par le Conseil de discipline, notamment les sanctions infligées à certains magistrats indélicats, tend à garantir l’impunité aux acteurs judiciaires. Quel message veut-on donc envoyer au peuple ? Que le magistrat peut commettre des actes de corruption et de manquements à l’éthique et à la déontologie sans aucun risque d’être sanctionné. Ou encore qu’il peut fabriquer des décisions qui vont dans le sens voulu par le Gouvernement et il sera protégé. C’est un message dangereux et vecteur d’incivisme ", dénonce-t-il. Avant d’inviter les magistrats intègres à poursuivre la lutte contre l’impunité dans le milieu judiciaire.