Déclaration du 3 mai - Journée mondiale de la liberté de la presse

Déclaration du 3 mai 2018 du CNP-NZ

Depuis 25 ans, la communauté internationale marque une halte le 3 mai de chaque année, pour apprécier et évaluer l’état de la liberté de la presse dans le monde, les conditions de travail et de vie des professionnels des médias, les avancées dans les dispositifs législatifs et institutionnels, de promotion, de défense et d’encadrement de l’accès des populations à l’information. Instituée suivant une recommandation de la Conférence générale de l’Organisation des des Nations unies pour la science, l’éducation et la culture (UNESCO), la célébration de cette journée vise à rappeler le rôle incontournable et la contribution inestimable des médias à la construction et au développement de sociétés humaines ouvertes au triple plan politique, socioéconomique et culturel.

La commémoration de cette 25ème journée intervient dans un contexte international caractérisé par un monde de moins en moins sûr, du fait des menaces terroristes mais aussi et surtout de la crise de la démocratie et de l’Etat de droit dans plusieurs régions du monde. Car, il est de notoriété publique que tout comme le déficit de démocratie, la lutte contre le terrorisme impacte négativement  le fonctionnement des institutions et l’exercice des droits en ce qu’elle implique forcément des restrictions de la liberté d’expression et de presse. En outre, les médias constituent dans certains contextes des cibles privilégiées des attaques terroristes. L’attaque terroriste du 30 avril dernier à Kaboul en Afghanistan où ont péri dix journalistes en est une illustration parfaite.

En Afrique, le contexte général de la célébration de cette 25ème journée mondiale de la liberté de la presse est fortement marquée par des espoirs d’un jour nouveau, plus démocratique dans certains pays avec la fin de régimes politiques liberticides dans des pays comme la Gambie, le Zimbabwé, l’Angola, pour ne citer que ceux-là. Cependant, beaucoup de pays ont encore du mal à créer les conditions politiques et institutionnelles indispensables à l’ancrage de la la liberté de presse et à l’Etat de droit (République démocratique du Congo, Cameroun, Djibouti, Erythrée, Burundi, Somalie, Ouganda, etc.)

Au Burkina Faso, en dépit des limites objectives liées, entre autres, à la précarité et la vulnérabilité qui caractérisent les entreprises de presse et les professionnels de médias, à l’insuffisance des efforts au niveau étatique pour créer un environnement socioéconomique et institutionnel favorable, la liberté de la presse semble inscrite dans une dynamique irréversible.  En témoigne le classement 2017 du pays dans le rapport annuel de l’ONG Reporters Sans Frontière (RSF) qui hisse le Burkina au 41ème rang mondial sur 180 pays. Le Burkina devance de grandes nations de démocratie comme les Etats-Unis et se positionne premier de l’Afrique francophone et au 5ème rang africain après le Ghana (23ème au plan mondial), la Namibie (26ème), l’Afrique du Sud (28ème) et le Cap-Vert (29ème).

Il convient de préciser qu’en 2015 et 2016, le Burkina a été classé 42ème mondial. Il a donc gagné une place supplémentaire. C’est la preuve de la vitalité de la presse burkinabè dans son ensemble mais aussi et surtout de la qualité du travail abattu par des hommes et des femmes dans des conditions parfois très difficiles.

C’est le lieu ici pour le Centre national de presse Norbert Zongo, de saluer les efforts de l’ensemble des professionnels des médias qui se battent malgré les dures réalités pour préserver la bonne réputation de la presse burkinabè.

De même, ce bond en avant résulte également de la faiblesse des entraves institutionnelles à l’exercice de la liberté et de l’indépendance des médias, même si au cours de l’année 2017, l’on a enregistré quelques initiatives malheureuses qui, fort heureusement, n’ont pas prospéré.

Toutefois, cette embellie du classement de Reporters Sans Frontière ne doit pas cacher les menaces et les obstructions diverses au plein exercice du métier de journaliste au Burkina Faso. L’on peut noter entre autres :

  • la non application de la loi sur l’accès à l’information publique  et aux documents administratifs ;
  • la subsistance de dispositions liberticides dans les lois régissant la presse au Burkina Faso ;
  • un environnement économique caractérisé par la précarité et la vulnérabilité des entreprises de presse et des professionnels des médias ;
  • les harcèlements judiciaires dont sont l’objet certains organes de presse ;
  • etc.

« Médias, justice et Etat de droit : les contrepoids du pouvoir ». Tel est le thème, bien à propos, retenu par l’UNESCO pour la célébration de cette 25ème journée qui coïncide avec le 20ème anniversaire du CNP-NZ. Créé dans un contexte d’apprentissage démocratique où le recours aux violences politiques et à l’exclusion était encore la règle de la gouvernance quotidienne de la société, le Centre national de presse s’est vite positionné comme un cadre fédérateur du combat pour la liberté de la presse et d’expression. Par des actions multiformes, le CNP-NZ a été de tous les combats pour l’ancrage de la démocratie. Que de parcours de combattant marqué par des succès mais aussi des moments de douleurs qui, fort heureusement, n’ont pas réussi à ébranler la détermination de ses animateurs à toujours aller de l’avant dans leur combat !

En cette circonstance doublement solennelle, le Centre national de presse a voulu marquer une pause pour analyser le parcours déjà réalisé mais surtout des enjeux et défis qui se posent au monde des médias au niveau national. Beaucoup de médias sont aujourd’hui attraits devant les tribunaux, et souvent, par les hommes de lois. Les déroulements de ce genre de procès et surtout les décisions qui en résultent, laissent penser à des sentence plutôt de vengeance que de justice. Cette situation n’est pas pour faciliter les relations entre les journalistes et les hommes de droit. Il devient de nos jours impérieux d’instaurer un dialogue entre les deux entités.  

Convaincu que la justice et les médias sont les deux faces d’une même pièce (l’Etat de droit démocratique), le Centre national de presse Norbert Zongo a décidé d’ouvrir le dialogue avec les acteurs de la justice pour réfléchir ensemble sur les conditions d’une collaboration à la faveur de la célébration de cette journée. Le Centre fait sienne cette pensée d’Albert Camus selon laquelle « si l’homme échoue à concilier la justice et la liberté, alors, il échoue à tout ».

Au moment où le Centre souffle ses 20 bougies, le Comité de pilotage voudrait rendre un hommage à des hommes de foi qui ont cru au combat pour la liberté et qui s’y sont engagés avec dévouement et détermination. L’on peut citer entre autres :

  • Feu Norbert Zongo, fondateur de l’hebdomadaire L’Indépendant, ancien président de la Société des éditeurs de la presse privée (SEP) et membre fondateur du CNP-NZ, assassiné le 13 décembre 1998 ;
  • Tiergou Pierre Dabiré, ancien secrétaire général du SYNATIC, ancien Secrétaire général de l’Association des journalistes du Burkina (AJB), membre fondateur du CNP-NZ, décédé en octobre 2015 ;
  • Justin Coulibaly, ancien secrétaire général du Syndicat autonome des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC),  décédé le 29 septembre 2017. 

Le Comité de pilotage voudrait également rendre hommage à :

  • Mahamoudou Ouédraogo, journaliste émérite et ministre de l’information et de la culture au moment de la création du Centre de presse pour sa contribution  dans la concrétisation du projet de création du centre de presse ;
  • Me Halidou Ouédraogo, alors président du Mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) dont l’engagement aux côtés des hommes de médias a été sans faille ;
  • A tous les hommes et femmes épris de liberté et de justice qui, par diverses actions, ont œuvré directement ou indirectement  à la création et à l’animation du Centre de presse.

Nous profitons de la Journée mondiale de la liberté de presse pour rendre hommage aux hommes et femmes de médias de la région du Sahel dont les conditions de travail sont devenues périlleuses depuis l’instauration d’un climat de terreur par les groupes terroristes. Du fait de leur travail, ils sont aussi exposés aux menaces de ces personnes sans foi ni loi qui n’hésitent pas, par exemple, à ordonner la suspension d’émissions qui ne seraient pas de leur goût.

Pour terminer, nous voudrions lancer un appel aux hommes de médias et à tous les démocrates à se mobiliser et à se battre pour promouvoir et défendre la liberté de presse et d’expression qui constituent les baromètres de la démocratie.

Vive la liberté de la presse !

Vive le Centre national de presse Norbert Zongo !

Bonne fête du 3-Mai à tous et à toutes !

 

Pour le Comité de pilotage du CNP-NZ

Le président