Allô Pékin, ici Ouaga

Allô Pékin, ici Ouaga 

C’est l’une des plus grandes décisions qui marqueront le quinquenat du Président Kaboré. Fin mai, Ouagadougou a rompu ses relations diplomatiques avec Taipei pour renouer avec la Chine, après 24 ans.  Un revirement somme toute logique au moment où le pays envisage de gros chantiers.

 

C’était une position qu’il savait bien intenable dans la durée, pourtant le Burkina Faso, du moins celui incarné par la diplomatie de  Blaise Compaoré, y a tenu mordicus près d’un quart de siècle durant, obligeant même ses successeurs, au nom de la continuité de l’État, à jouer les équilibristes plus de 3 ans après sa chute.

Mais voilà, le Burkina Faso s’est finalement ravisé. Le 24 mai, de façon assez abrupte, il a mis fin à son idylle avec Taïwan pour renouer avec la Chine populaire, rejoigant un peu sur le tard, tous les autres pays du continent africain, à l’exception du royaume du Swaziland, désormais seul soutien fantomatique  de Taïwan sur le continent.

 

Taipei a beau crier à la diplomatie du chequier qu’exercerait Pékin, cela n’a eu aucune prise sur la position du gouvernement burkinabè. C’est connu, les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Et ceux immédiats de Ouagadougou se conjuguent avec la Grande Chine, devenue par un opportunisme de bon aloi, l’un des potentiels  financiers de la force conjointe du G5 Sahel, ce serpent de mer censé briser les reins aux groupes terroristes qui  écument et affligent les pays du Sahel, le Burkina Faso particulièrement. Mais problème. Pékin ne donne ses Yuan qu’à ses amis. Uniquement. Le Burkina Faso n’en était pas un. Son appartenance à une alliance qui regroupe des amis de la Chine (Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) ne suffisait pas.

 

Exploiter Tambao enfin ?

 

En se remettant avec Pékin, Ouagadougou a donc voulu se séparer de sa réputation peu glorieuse de « facteur bloquant », d’autant plus qu’ailleurs sur d’autres chantiers de développement sous-regional, comme la boucle ferrovaire qui doit relier Cotonou à Abidjan en desservant le Niger et le Burkina Faso, les mêmes récriminations lui étaient adressées. Long de 3000 km, ce chantier pharaonique naguère attribué au groupe français Bolloré en 2013, pourrait finalement être exécuté par la Chine, prête à y injecter les  3 milliards d’euros nécessaires à sa réalisation.

 

La construction de cette boucle ouvrira aux Chinois peut-être la porte au gisement de manganèse de Tambao, devenu  de nouveau réattribuable depuis qu’un tribunal de la Chambre de commerce international (CCI ), à la mi-mai, a rejeté une demande de mesures provisoires formulée par un groupe d’entreprises appartenant à l’homme d’affaires roumano-australien Frank Timis, dans un différend de 4 milliards de dollars qui l’opposait  avec le Burkina Faso.  Tambao et ses 100 millions de tonnes de réserves, un bon filon pour Pékin, une manne pour Ouagadougou qui ne cracherait pas dessus,  surtout si à la clé il pourra empocher déjà des avances sur exploitation.

 

La Chine, en principe, n’a pas vocation à interférer dans les affaires domestiques du  Burkina. Mais paradoxalement, Pékin pourrait bien être la bouée de sauvetage du mandat présidentiel, au moment même où le PNDES peine à fournir aux Burkinabè des fruits de l’action présidentielle. Dans l’immédiat, Pékin est l’ami rêvé pour Roch. Dans un Burkina Faso déjà en précampagne, nul doute que les futurs chantiers qui sortiront de terre, à commencer par le nouvel hôpital de Bobo-Dioulasso, constitueront un argument de poids pour le candidat Kaboré en quête du renouvellement de son bail à Kosyam.

Boureima Salouka

 

 

Allô Pékin, ici Ouaga 

C’est l’une des plus grandes décisions qui marqueront le quinquenat du Président Kaboré. Fin mai, Ouagadougou a rompu ses relations diplomatiques avec Taipei pour renouer avec la Chine, après 24 ans.  Un revirement somme toute logique au moment où le pays envisage de gros chantiers.

 

C’était une position qu’il savait bien intenable dans la durée, pourtant le Burkina Faso, du moins celui incarné par la diplomatie de  Blaise Compaoré, y a tenu mordicus près d’un quart de siècle durant, obligeant même ses successeurs, au nom de la continuité de l’État, à jouer les équilibristes plus de 3 ans après sa chute.

Mais voilà, le Burkina Faso s’est finalement ravisé. Le 24 mai, de façon assez abrupte, il a mis fin à son idylle avec Taïwan pour renouer avec la Chine populaire, rejoigant un peu sur le tard, tous les autres pays du continent africain, à l’exception du royaume du Swaziland, désormais seul soutien fantomatique  de Taïwan sur le continent.

 

Taipei a beau crier à la diplomatie du chequier qu’exercerait Pékin, cela n’a eu aucune prise sur la position du gouvernement burkinabè. C’est connu, les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts. Et ceux immédiats de Ouagadougou se conjuguent avec la Grande Chine, devenue par un opportunisme de bon aloi, l’un des potentiels  financiers de la force conjointe du G5 Sahel, ce serpent de mer censé briser les reins aux groupes terroristes qui  écument et affligent les pays du Sahel, le Burkina Faso particulièrement. Mais problème. Pékin ne donne ses Yuan qu’à ses amis. Uniquement. Le Burkina Faso n’en était pas un. Son appartenance à une alliance qui regroupe des amis de la Chine (Mali, Mauritanie, Niger et Tchad) ne suffisait pas.

 

Exploiter Tambao enfin ?

 

En se remettant avec Pékin, Ouagadougou a donc voulu se séparer de sa réputation peu glorieuse de « facteur bloquant », d’autant plus qu’ailleurs sur d’autres chantiers de développement sous-regional, comme la boucle ferrovaire qui doit relier Cotonou à Abidjan en desservant le Niger et le Burkina Faso, les mêmes récriminations lui étaient adressées. Long de 3000 km, ce chantier pharaonique naguère attribué au groupe français Bolloré en 2013, pourrait finalement être exécuté par la Chine, prête à y injecter les  3 milliards d’euros nécessaires à sa réalisation.

 

La construction de cette boucle ouvrira aux Chinois peut-être la porte au gisement de manganèse de Tambao, devenu  de nouveau réattribuable depuis qu’un tribunal de la Chambre de commerce international (CCI ), à la mi-mai, a rejeté une demande de mesures provisoires formulée par un groupe d’entreprises appartenant à l’homme d’affaires roumano-australien Frank Timis, dans un différend de 4 milliards de dollars qui l’opposait  avec le Burkina Faso.  Tambao et ses 100 millions de tonnes de réserves, un bon filon pour Pékin, une manne pour Ouagadougou qui ne cracherait pas dessus,  surtout si à la clé il pourra empocher déjà des avances sur exploitation.

 

La Chine, en principe, n’a pas vocation à interférer dans les affaires domestiques du  Burkina. Mais paradoxalement, Pékin pourrait bien être la bouée de sauvetage du mandat présidentiel, au moment même où le PNDES peine à fournir aux Burkinabè des fruits de l’action présidentielle. Dans l’immédiat, Pékin est l’ami rêvé pour Roch. Dans un Burkina Faso déjà en précampagne, nul doute que les futurs chantiers qui sortiront de terre, à commencer par le nouvel hôpital de Bobo-Dioulasso, constitueront un argument de poids pour le candidat Kaboré en quête du renouvellement de son bail à Kosyam.

Boureima Salouka

Mai 2018