Depuis deux ans qu’il tient les rênes du Faso, le Président Kaboré peine jusque là à imprimer sa marque à la marche du pays, sèmant le doute dans les esprits de nombreux Burkinabè, désabusés par l’apathie du pouvoir. À presqu’à mi-mandat, le président devra changer de cap et accélérer la cadence.
Ç’aurait été le bulletin d’un élève consciencieux qu’il ne serait pas fier de le présenter à ses parents. 4,79/10. Même pas 5. C’est pourtant la note que les Burkinabè ont attribuée à leur Président, Roch Marc Christian Kaboré, élu à la tête du pays deux ans plus tôt, dès le premier tour.
Si la note, au mieux, peut être interprétée comme une invite au président à redoubler d’effort, elle ne trahit pas moins la désillusion de ses compatriotes, décontenancés par les tâtonnements du pouvoir sur des questions aussi essentielles que la sécurité, l’emploi des jeunes, l’éducation ou la justice, etc. En deux ans, les opinions des Burkinabè ont bien changé. Et cela le pouvoir semble en prendre la pleine mesure au point de tout vouer désormais à la méthode Coué, cette forme d'optimisme volontaire mêlé à la fois de déni du réel.
Pendant que le Président de l’Assemblée nationale, Alassane Bala Sakandé, menait une offensive de charme dans l’Ouest du pays, à l’Est, c’est le Président Kaboré lui-même, flanqué de son ministre aux Infrastructures, qui lançait le 19 décembre 2017 à grands coups de réclame, les travaux de construction de la route reliant Kantchari à la frontière du Bénin. Quelques jours plus tôt à Koudougou, c’était le Premier ministre, Paul Kaba Thiéba qui vantait les fantasmés mérites de son gouvernement. Ce chassé croisé au sommet de l’État, on l’aura compris, vise donner l’image d’un Burkina en chantier. Quitte à grossir la moindre action ordinaire jusqu’à faire loucher les Burkinabè et à donner la désagréable impression que le pays est campagne électorale avant l’heure.
Y a-t-il un maître à bord ?
Si la communication permet de masquer certaines tares, elle ne peut cependant opérer de façon durable que si elle s’appuie sur du concret. À défaut, elle confine au mensonge. Or le concret, le pouvoir en a peu a montré. Certes il peut bien exhiber, malgré toutes leurs limites, ses quelques réussites dans le domaine de la promotion de la santé ou de l’accès à l’eau. Mais ces succès sont bien maigres comparés à ses promesses. Il pourra aussi évoquer la conjoncture sécuritaire et les nombreux mouvements sociaux pour justifier sa maigre récolte. Mais ils ne sauront à eux seuls justifier la situation.
En deux ans de gestion, le Président Kaboré a navigué à vue, peinant souvent à affirmer son autorité et celle de l’État. Il n’a pas su n’a pas su non plus et remettre les Burkinabè au travail. En politique, sans imagination on ne saurait créer auprès des populations le rêve de lendemains meilleurs et possibles, de sorte à rendre l'irréel réel et l'impossible possible. Si le Burkina n’est pas encore ce pays comateux, il renvoit la fâcheuse l’image d’un pays mal réveillé, comme encore grogui par ses troubles récents. Et pour le remettre d’aplomb il faudra plus que des incantations. Le Président Kaboré est presqu’à mi-mandat. Il devra se décider, pour le bien du Burkina, à se séparer de certains de ses proches collaborateurs. À commencer par le remaniement ministériel. Un recadrage qui le concerne en premier chef, lui qui devra enfin endosser son rôle. Pleinement.
Boureima Salouka