Quasi absente du débat national, la situation sécuritaire et humanitaire dans la partie nord du pays en proie à des attaques terroristes, devra pourtant inquiéter. Il y a péril en la demeure. Dans la lutte contre le terrorisme, le Burkina Faso devra agir avec tact pour ne pas s’aliéner les populations locales.
C’est un rapport qui n’est pas encore rendu officiel, et qui ne le sera peut-être pas, mais qui est connu de certaines chancelleries occidentales au Burkina Faso. Dans le Sahel burkinabè, des villages entiers se vident au point qu’aujourd’hui, l’on ait atteint un point aussi inédit qu’inquiétant : le nombre de Burkinabè déplacés internes dans leur propre pays dépasse largement celui des quelque 13.310 réfugiés maliens récencés dans les camps !
Les chiffres y relatifs sont effarants. Environ 20.000 personnes se sont exilées… dans leur propre pays, excédées d’être constamment prises à partie. Doublement. Entre deux feux. D’un côté, celui des terroristes d’Ansarul Islam, qui ont instauré un climat de terreur dans toute la région, menaçant et tuant tout individu qui ose collaborer avec l’Administration publique.
De l’autre, les forces de défense et de sécurité burkinabè, mal préparées et harcelées sans répit par un adversaire invisible qui n’hésite plus à placer des mines anti personnelles. Engagées de force dans une guerre non conventionnelle, les forces de défense et de sécurité auraient, selon des allégations de Human Right Watch et de l’Ong Fisal, des organisations de défense de droits de l’Homme, commis de graves exactions contre des populations civiles, suspectées d’être de connivence avec le groupe armé islamiste Ansaroul Islam.
Blessure sur entorse
Dans le sillage de ces migrations forcées, un autre drame. Plus grave. Celui qui afflige l’école de la République, devenue une des cibles privilégiées des terroristes. Les répétitives attaques terroristes et la peur qu’elles provoquent ont perturbé le fonctionnement des écoles. Début janvier 2018, dans les régions du Nord et du Sahel, 256 écoles ont fermé, 718 enseignants en fuite. Dans la rue, près de 23.000 enfants, privés d’éducation républicaine. Dans ces désormais déserts républicains, seules officient les écoles coraniques… Pour une région qui affichait déjà les taux de scolarisation les plus bas du pays, ces fermetures d’écoles constituent un sérieux problème auquel il faudra trouver solution.
Dans cette guerre asymétrique, le Burkina ne peut se permettre le risque improductif de s’aliéner le soutien et la collaboration des populations locales. Au risque de produire le contraire de l’effet recherché. L’exemple du Nigéria avec Boko Haram nous l’enseigne. Pour n’avoir pas su agir avec tact, Abuja s’est mis à dos même les plus modérés qui auraient pourtant pu aider à circonscrire le mal.
Initié par le gouvernement, le Programme d’urgence pour le Sahel, estimé à 455,32 milliards de F CFA, est déjà une réponse dans le bon sens. Mais il faudra faire plus pour reconquérir et réintégrer à la Nation, des concitoyens qu’on ne saurait perdre.
Pour le Burkina Faso alors, une question se pose. Grave. Comment concilier lutte contre le terrorisme et respect des droits humains quand le nébuleux ennemi se mêle aux populations civiles, les prenant le plus souvent en otage et se servant d’elles comme boucliers humains ? Le terrorisme dans le Sahel burkinabè, c’est comme un moustique sur des gonades. Pour le vaincre, il faut apprendre à faire des omelettes sans forcément casser des œufs. C’est là toute l’équation.
Boureima SALOUKA